Chirurgie digestive, oncologique et métabolique

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Quand la réalité augmentée s’invite au bloc

Les techniques de réalité augmentée ne révolutionnent pas que le monde des jeux vidéo. Elles impactent aussi les pratiques de blocs opératoires pionniers. À l’Institut Mutualiste Montsouris (IMM), le service de chirurgie digestive recourt à la réalité augmentée pour préparer une hépatectomie (ablation d’une partie du foie) par exemple. Pour plus d’informations sur l’article publié dans le n°310 de Valeurs Mutualistes en janvier 2018, cliquez ici.

 

Le Département Médicochirurgical de Pathologie Digestive de l’IMM pionnier dans la chirurgie hépatobiliaire en 3D:

Le foie possède deux propriétés importantes: il peut régénérer et il tolère l’ischémie lorsqu’on interrompt son flux sanguin pour faciliter la section du parenchyme. La chirurgie hépatique est traditionnellement difficile car le foie est un organe volumineux, très vascularisé et situé sous le rebord costal droit, d’abord peu aisé. En permettant d’accéder à la cavité abdominale par de petites incisions dans lesquelles sont placés des trocarts permettant le passage d’instruments chirurgicaux et d’une optique, le développement de la laparoscopie a bouleversé la chirurgie digestive conventionnelle car elle réduit la morbidité et les séquelles pariétales. Ce type de chirurgie diminue les douleurs postopératoires et permet une réhabilitation plus précoce du patient. Toutefois, seul un nombre limité d’équipes à travers le monde pratique des résections hépatiques complexes par voie laparoscopique, alors que cet abord connaît un essor considérable dans la quasi-totalité de la chirurgie abdominale. En effet, ces raisons sont liées essentiellement à la difficulté à reproduire les gestes complexes de la chirurgie hépatique à travers de petites incisions; la difficulté à assurer un contrôle rapide et efficace de l’hémorragie au cours de la transection parenchymateuse; et la crainte d’un compromis sur la qualité oncologique des résections réalisées par cette voie d’abord.

Le principe de la visualisation 3D repose sur l’utilisation d’une caméra (endoscope) stéréoscopique permettant de fournir deux images légèrement décalées. Ces dernières sont projetées au chirurgien par l’écran de la console. Le chirurgien utilise alors des lunettes 3D qui lui restituent les images indépendamment sur chaque œil pour procurer la sensation de la vision en relief. Depuis le début des années 1990, plusieurs fabricants ont permis de mettre au point ces systèmes de visualisation. Cependant, la faible résolution des écrans de l’époque ne permettait pas d’utiliser cette innovation en routine clinique. Actuellement, les écrans 3D sont beaucoup plus sophistiqués et peuvent fournir une résolution haute définition même s’ils sont encore limités par le contraste important des images endoscopiques. La technologie 3D offre aux chirurgiens la possibilité d’utiliser la profondeur de champ avec précision pour la dissection, tout en fournissant des images qui sont plus claires que celles observées auparavant. De ce fait, elle nous permet d’avoir une vision de l’anatomie d’un patient comme si nous faisions l’intervention par voie ouverte, alors que nous travaillons avec des outils laparoscopiques à l’extérieur du corps humain. Cette immersion complète dans le champ opératoire semble faciliter la réalisation des tâches simples et compliquées, pour les débutants comme pour les experts, avec gain de temps (pouvant aller jusqu’à 75%) et de qualité des gestes effectués (62% du nombre d’erreurs) même si notre expérience clinique semble assez loin des chiffres publiés. D’autres études sont plus réservées montrant un bénéfice uniquement pour les gestes simples ou pour les chirurgiens avec peu d’expérience et enfin pour la qualité ou la durée du geste mais pas sur l’ensemble. Si la visualisation 3D permet effectivement de diminuer la courbe d’apprentissage des jeunes chirurgiens grâce à l’amélioration de la perception spatiale, elle pourrait avoir un rôle dans la formation des étudiants dans un contexte où la durée des études et le temps de travail à l’hôpital devraient être diminués. Les limites actuelles de la visualisation 3D sont la pixellisation lors des mouvements rapides de la caméra, la déformation des structures lointaines, la nécessité permanente d’un champ opératoire sans fumée et d’une optique parfaitement propre. Les objets qui sont trop près et ceux qui sont trop loin provoquent un sentiment d’inconfort visuel et les personnes ayant une dominance oculaire marquée peuvent avoir une symptomatologie marquée par un malaise, des nausées ou des céphalées.

La visualisation 3D est un domaine passionnant où la technologie permet la construction d’une nouvelle réalité qui peut aider les cliniciens dans les aspects subtils et critiques de la chirurgie. Même si les tentatives d’incrustation sont actuellement limitées par l’incongruence entre des structures virtuelles 3D dans l’image 2D, par l’absence de recalage en temps réel, et par la rigidité des représentations virtuelles, tout cela va changer dans un futur proche redéfinissant la place de la robotique en chirurgie.

 

Qu’apporte la vision 3D en chirurgie hépatique ?

Les réponses du professeur Brice Gayet et du professeur David Fuks de l’Institut Mutualiste Montsouris. Pour plus d’informations sur l’article publié dans Le Figaro Santé du 11 juillet 2014, cliquez ici.

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