Une possible pair-aidance en addictologie sur l’IMM ?
L’IMM est en train de mettre en place un programme de pair-aidance. Cette approche, qui consiste à mettre en relation des patients ayant des expériences similaires, s’avère très bénéfique pour améliorer le bien-être et l’accompagnement des malades.
Dans cet article, le Dr Gérard Shadili, psychiatre à l’IMM, nous explique ce qu’est la pair-aidance, et nous fait part de son retour d’expérience sur la mise en place d’un premier projet autour de la pair-aidance au sein du département de Psychiatrie.
Une possible pair-aidance en addictologie sur l’IMM ?
La pair-aidance, on en parle mais peu savent vraiment de quoi il retourne. C’est un lien entre patients, une relation horizontale entre les soignants et celui qui va être pair-aidant. Ce n’est pas une interchangeabilité des rôles de chacun, mais une complémentarité qui permet un mieux-être, une compréhension du vécu interne de celui qui traverse les affres de la maladie, ici l’addiction avec ou sans affection psychiatrique comorbide, oncologique, post-chirurgicale, etc.
C’est un soutien par son semblable, un alter ego qui est un égal, qui est passé sous les mêmes fourches caudines de l’addiction avec son cortège de comorbidités, stigmatisation du « toxico », accidents divers et angoisses de la rechute. C’est une personne qui a emprunté le même chemin ou proche que celui du patient. Il peut donc lui renvoyer du fait « qu’il s’en est sorti ou qu’il a avancé dans son parcours vers l’abstinence », une image que le rétablissement est accessible et non une chimère, l’horizon d’un champ des possibles.
Il est difficile d’en définir le ou les rôles avec précision, tant la fonction est polyvalente.
C’est à la fois une personne à qui l’on peut se confier, sans crainte d’être jugé, quelqu’un qui a un vécu similaire, une histoire proche, une même narrativité de vie, un vécu d’humanité souffrante et victorieuse de son adversité qui se partage.
Héritiers du concept de recovery apparu au milieu du XIXe siècle aux États-Unis dans le cadre de petits groupes d’anciens buveurs qui se réunissaient pour se soutenir dans leur démarche d’abstinence, la pair-aidance a permis un regard différent et empathique sur le vécu addictif.
Beaucoup d’études en addictologie ont démontré l’importance et la légitimité de la place du pair-aidant et son efficacité quant à la baisse de consommation chez les personnes dépendantes, le maintien de l’abstinence et l’émergence de vocations.
En effet retrouver un sens positif à sa vie, se reconstruire narcissiquement et pouvoir de nouveau se regarder dans une glace sans rougir, ni honte, représente une réalité personnelle bidirectionnelle, qui déborde largement le seul domaine l’empathie pour le semblable. Il faut donc aussi une formation à l’entre-aide, à l’écoute de l’autre, pour saisir les enjeux de l’altérité souffrante.
Notre première rencontre avec les pairs-aidants fut au centre de soins et d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) du centre Emergence-Tolbiac dans le 13ème arrondissement, émanation de l’IMM. Nous avons alors échangé avec l’association des pairs-aidant de la Salpêtrière.
A l’adolescence, de nombreux changements conséquents surviennent, comme une transition importante sur le plan scolaire, les premières relations amoureuses avec les ruptures, le premier emploi, un désir d’autonomie grandissant, la maturation physique et cérébrale et donc de l’appréhension du monde, maturation qui se poursuit au-delà de l’adolescence.
De plus, la sensibilité et la vulnérabilité aux stresseurs, conduit à un risque accru de développer une problématique de santé mentale notamment addictive. L’adolescence est la période des expérimentations et de leurs risques inhérents.
L’adolescence est donc une période critique mais aussi une opportunité pour intervenir de façon précoce et efficace.
Les adolescents sont plus enclins à demander de l’aide informelle, c’est-à-dire offerte par les pairs, que par la famille du fait du travail de séparation/individuation ou que de l’aide formelle offerte par un professionnel.
Ces particularités énoncées de la période adolescente démontrent que la présence de pairs-aidants pourrait s’avérer pertinente mais complexe.
De là est venu dans un premier temps l’idée pour les addictions adolescentes de développer sur l’IMM un projet de rencontre avec des jeunes adultes passés par l’addiction et s’en étant rétablis, et des adolescents encore confrontés à la problématique. Cependant ce projet s’est heurté à des critères de faisabilité, nous amenant à le reconsidérer et travailler plus profondément sa réalisation future.
Nous avons donc dans les suites mis en place un groupe de parole pour les parents d’adolescents aux prises avec les addictions, et prévu à terme un groupe pour les adolescents addictifs.
Celui des parents est effectif et opérationnel depuis mars 2024.
Cependant, l’addictologie à l’IMM ne concerne pas que les adolescents et les adultes jeunes, et nous réalisons un travail de liaison important dans les services MCO. Envisager un programme de pair-aidance avec une composante d’aide pour les addictions serait un accompagnement positif dans le domaine de la comorbidité primaire ou secondaire addictive et serait une valeur ajoutée intéressante pour l’IMM, soit sous forme de groupe pairs-aidants et/ou une liaison de pairs-aidants dans les services MCO, en accord avec les différents chefs de service ou de département et la Commission Médicale d’Etablissement.
Voilà quelques idées d’action qui ont germé et qui soulignent l’intérêt de l’IMM pour la pair aidance.
Un groupe de travail sur la pair-aidance, groupe pluri professionnel avec des patients est en place et y travaille d’arrache-pied. Nul doute que cet apport nouveau trouvera sa place dans l’organisation des soins pour le mieux être en pré et post- hospitalisation des patients et le développement d’une autre culture du soins ou horizontalité des rapports rime avec partage.